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Construire des logements, oui, mais pour toutes et tous

Votations populaires du 24.11.19

dimanche 10 novembre 2019

L’initiative populaire 162 « Construisons des logements pour toutes et tous : Une priorité en période de pénurie ! », lancée par les partis de gauche, l’ASLOCA, les syndicats et plusieurs associations progressistes, prévoit d’ajouter un nouvel article (Art. 12A) à la loi d’application de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire, un article ayant la teneur suivante :

« En période de pénurie de logements, soit lorsque le taux de logements vacants est inférieur à 2%, et afin de favoriser la création de logements répondant aux besoins prépondérants de la population, le Conseil d’Etat ne peut proposer que des modifications de limites de zones soumises à la loi générale sur les zones de développement, du 29 juin 1957, à l’exception des périmètres qui ne sont pas destinés au logement ».

Ce qui interdirait les déclassements en zone ordinaire. Ce n’est peut-être pas très parlant dit comme ça, mais derrière la terminologie technique, cette initiative pose un enjeu politique essentiel : quel type de logement construire, et pour qui ?

La situation aujourd’hui

Le fait est qu’actuellement, contrairement à ce qu’on pourrait croire, on construit beaucoup de logements à Genève. Pourtant la crise du logement continue de plus belle. Le taux de vacance de logement est seulement de 0.54% à Genève (contre 0.89% à Zurich et 1.10% dans le canton de Vaud). De ce fait, les propriétaires ne se gênent pas d’augmenter les loyers de la plus abusive des façons (en moyenne de 9,6% à chaque changement de locataire), qui atteignent aujourd’hui des montants insoutenables, proprement ruineux pour les classes populaires (près de 35% du revenu, pour un revenu inférieur à 4’000,-).

C’est que, on construit certes, mais pas pour tout le monde. Les 10 dernières années, 49% des nouveaux logements sont des PPE, soit des logement à vendre. Mais seuls les 18% les plus aisés peuvent aujourd’hui à Genève se permettre d’envisager l’achat d’un bien immobilier. De ce fait, c’est la grande majorité, composée de locataires, qui souffre de la pénurie et des hausses de loyers. La situation actuelle est intolérable, et ne profite qu’aux plus fortunés, aux promoteurs et aux propriétaires.

Pourquoi l’initiative 162 apporte une solution

En quoi l’initiative 162 apportera-t-elle une solution à ce problème ? C’est que, derrière la terminologie technique, la zone de développement est avant tout un outil d’aménagement du territoire, datant de 1957, créé dans le but de lutter contre la spéculation immobilière. Construire en zone de développement implique de se conformer à un certain nombre de règles, notamment : le contrôle du prix de location ou de vente des nouveaux logements pendant 10 ans, des proportions minimales de logements sociaux, l’accès à la propriété seulement pour y habiter (excluant les acquisitions immobilières dans un but spéculatif), la cession de terrains au profit du domaine public (parcs, équipements collectifs, espaces verts, écoles). De telles règles n’existent pas en zone ordinaire. Aussi n’est-il pas étonnant que 80% des logements construits aujourd’hui le soient dans des zones de développement, et que le prix du m2 y soit de 29% moins cher.

Il n’est pas étonnant non plus que les promoteurs immobiliers préfèrent la zone ordinaire, et que ses relais politiques à la majorité de droite du Grand Conseil les soutiennent dans cette volonté égoïste. C’est pourquoi la droite combat cette initiative, avec des arguments contradictoires : d’un côté, l’initiative ne serait pas nécessaire, puisque la majorité des déclassements se font déjà en zone de développement et que le Conseil d’Etat y tient (mais si c’est déjà le cas, et qu’il s’agit d’une bonne pratique, pourquoi s’y opposer ?). Mais, d’un autre côté, la droite trouve l’initiative trop « rigide » (terme fétiche des néolibéraux) et étant de ce fait susceptible de ralentir la construction de logements.

Trop « rigide » pour quoi ? Pour construire des logements dont la populations a besoin, ou pour la soif de profits sans bornes des promoteurs et des spéculateurs ? La réponse n’est que trop évidente. Pour faire prévaloir le bien commun sur l’intérêt égoïste de quelques uns, il convient de voter résolument OUI.

Alexander Eniline

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