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Discours au 21ème Séminaire communiste international

samedi 26 mai 2012

Discours prononcé au nom du Parti Suisse du Travail au 21ème Séminaire communiste international de Bruxelles, la plus importante rencontre au sommet entre partis communistes à ce jour et qui a réuni 59 partis communistes cette année, par Alexander Eniline, secrétaire cantonal du Parti du Travail genevois, et membre du Comité directeur du Parti Suisse du Travail

Chères et chers camarades,

Tout d’abord, je souhaiterais remercier le Parti du Travail de Belgique pour l’organisation de ce 21ème Séminaire communiste international autour d’une question d’une grande actualité et d’une importance fondamentale pour le mouvement communiste international. Car la crise systémique que le capitalisme traverse actuellement est à la fois lourde de menace et source d’opportunités. Elle présente des défis majeurs aux communistes. Dans cette situation difficile, il est plus important que jamais de savoir articuler de façon juste les tâches immédiates qui se présentent aux partis communistes à la lutte pour le socialisme. Il n’y a que deux sorties possibles de la crise : une sortie dans l’intérêt du capital et de l’impérialisme, ou une sortie dans l’intérêt des peuples et des travailleurs. La bourgeoisie ne peut imposer une sortie de la crise conforme à ses intérêts qu’à un prix terrible à payer par les peuples : un durcissement de l’exploitation capitaliste, une détérioration brutale des conditions de vie des classes populaires et des classes moyennes, des massives et dévastatrices guerres impérialistes. La responsabilité des communistes est de lier les luttes immédiates à la lutte fondamentale pour la seule sortie de la crise dans l’intérêt des travailleurs qui soit possible ; c’est-à-dire le socialisme.

La question posée par le séminaire ne peut trouver une réponse simple et unique, vraie pour tous les pays et tous les temps. Celle-ci dépend des conditions propres à chaque pays. Les tâches concrètes, immédiates, qui se présentent aux communistes son imposées par les nécessités de la lutte et les circonstances particulières d’un pays donné à un moment donné. La voie vers le socialisme ne peut pas non plus ne pas être différente pour des pays qui sont différents par leur histoire, leur structure économique, leur culture et leur position internationale. Lénine disait : « Tous les peuples viendront au socialisme – ceci est inévitable –, mais tous les peuples ne viendront pas au socialisme par une voie qui sera exactement la même ; chaque peuple adoptera son approche dans la direction de tel ou tel type de démocratie, dans la direction de tel ou tel type de dictature du prolétariat, dans la direction de tel ou tel type de rééducation de la société en termes de différents aspects de la vie sociale. » La voie vers le socialisme doit être conçue pour chaque pays donné selon les conditions concrètes, les particularités nationales, la structure économique, l’histoire et la culture de ce pays. Il ne serait ni marxiste ni matérialiste de procéder autrement.

Le Parti Suisse du Travail a mené une réflexion théorique et stratégique approfondie sur les tâches immédiates qui se présentent à lui et sur comment les lier avec une voie vers le socialisme conforme aux conditions spécifiques de la Suisse. La Suisse est en effet un des pays les plus riches et les plus stables du monde capitaliste. La bourgeoisie suisse a réussi à créer un système politique unique au monde, fondé sur la participation de tous les partis importants au gouvernement en permanence proportionnellement à leur représentation au parlement, ce qui assure une stabilité exceptionnelle au système politique, l’intégration totale de tous les partis aux institutions bourgeoises et la marginalisation de toute opposition réelle, dans l’illusion de divergences fondamentales entre les partis qui participent pourtant au même gouvernement. Ce système est cimenté par l’idéologie du consensus, c’est-à-dire d’une harmonie illusoire entre classe et d’une collaboration entre les partis, dans la négation de la lutte et du conflit. Ce système, cette idéologie du consensus et des droits démocratiques réels d’initiative et de référendum qui permettent aux classes populaires de faire opposition aux décisions de la bourgeoisie, voire de lui imposer parfois leur volonté, donnent naissance à une idéologie conservatrice de la meilleure démocratie possible déjà existante et d’un système harmonieux qu’il serait trop risqué de changer, même dans ses aspects les plus secondaires. Le Parti socialiste, et les syndicats majoritairement contrôlés par lui, portent une lourde responsabilité dans l’établissement de ce consensus conservateur. Le Parti socialiste a abandonné tout discours revendicatif pour s’intégrer aux institutions bourgeoises et participer au gouvernement avec la droite. Il défend désormais l’ordre social et politique établi contre de vrais progrès sociaux et démocratiques. Les syndicats sociaux-démocrates ont signé en 1939 les accords dits de la « paix du travail », qui limitent drastiquement le droit de recours à la grève et remplacent la lutte par la collaboration de classe. La « paix du travail » a permis à la bureaucratie syndicale de s’intégrer à la société capitaliste au prix d’un affaiblissement dramatique du syndicalisme suisse et d’une perte catastrophique de la conscience de classe et des traditions de lutte des travailleurs. Mais ce consensus n’aurait jamais pu avoir lieu sans des salaires comparativement élevés pour les citoyens suisses et que le patronat suisse a pu payer grâce à l’avantage que lui offrait un potentiel productif intact aux lendemains de la deuxième Guerre mondiale, mais aussi au recours massif à une main-d’œuvre étrangère sous-payée et sans droits. Aujourd’hui toutefois ce consensus conservateur se fissure : le chômage augmente et les bas salaires se généralisent ; la stabilité du système politique est mise à mal par l’UDC, un parti d’extrême-droite, devenu désormais le premier parti du pays, et qui privilégie le conflit sur le consensus.

Dans ces conditions, la première tâche du Parti Suisse du Travail est de briser le consensus étouffant imposé par la bourgeoisie, afin de changer le rapport de force en faveur des classes populaires, ce qui est un préalable nécessaire pour la construction du socialisme. Nous estimons que la seule voie pour l’organisation des travailleurs et de toutes les classes antimonopolistes, leur unité dans la lutte et leur conscientisation politique passe par la participation, et si possible la direction, par le Parti Suisse du Travail de lutte immédiates et concrètes qui répondent aux aspirations, aux intérêts et au niveau actuel de la conscience des classes populaires. Contrairement à la plupart des pays d’Europe, la Suisse n’est pas touchée par des politiques d’austérité, parce qu’elle n’est pas, ou pas encore, durement touchée par la crise, parce qu’elle n’a presque pas de protection sociale, dont les hauts salaires compensaient autrefois en partie l’absence, et parce que la droite suisse s’emploie depuis des années à démanteler progressivement les acquis sociaux qui existent. Notre première tâche immédiate est de faire échec au projet de démantèlement social de la bourgeoisie, mais aussi de lutter pour l’extension des acquis sociaux et des droits démocratiques du peuple. Un autre objectif fondamental est de mener un travail d’organisation dans les syndicats pour les détacher de l’emprise de la social-démocratie, de briser la « paix du travail » et de leur donner une ligne de lutte de classe. Notre lutte passe aussi nécessairement par la lutte parlementaire et dans les exécutifs. Dans les conditions de la Suisse où les institutions démocratiques bourgeoises sont stables et sont reconnues légitimes par une large majorité de la population, et où des droits démocratiques réels existent, nous considérons qu’il est nécessaire et possible de mener dans ces institutions une lutte réelle pour les intérêts des travailleurs et de leur donner un contenu réellement démocratique. Nous considérons qu’une juste combinaison des luttes parlementaires et extraparlementaires, des luttes concrètes qui répondent aux aspirations et au niveau de conscience politique du peuple, est la seule voie pour organiser les masses populaires dans la lutte, la réalisation de l’unité concrète de toutes les classes antimonopolistes, de briser l’hégémonie idéologique bourgeoise, de la remplacer par une hégémonie des idées communistes, grâce à une propagande qui ne peut être efficace que si elle est associée aux luttes réelles, de construire enfin une majorité populaire soudée autour du Parti Suisse du Travail qui est la pré-condition nécessaire pour l’établissement d’une démocratie populaire et la construction d’une société socialiste. Etant donnée la stabilité du régime bourgeois en Suisse, nous devons concevoir notre lutte pour le socialisme comme un processus de longue durée.

Mais il va de soi que les lutes sociales et parlementaires n’ont un contenu révolutionnaire et ne servent la cause du socialisme que si elles sont menées par un parti communiste qui fonde son action sur la pensée de Marx, Engels et Lénine, qui explique les vrais enjeux des luttes et qui les place dans la perspective du socialisme, qui n’oublie pas en travaillant dans les parlements que l’Etat bourgeois est un appareil de domination aux mains de la bourgeoisie. Autrement, les luttes les plus justes sont justifiées avec des arguments erronés et dévoyées vers le réformisme, et les luttes parlementaires mènent à une intégration dans les institutions bourgeoises et dégénèrent en social-démocratie.

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