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Le Parti du Travail soutient les justes revendications des militants kurdes en grève de la faim

mardi 2 avril 2019

La section genevoise du Parti Suisse du Travail co-organisait aujourd’hui une conférence de presse conjointe avec l’association Centre Société Démocratique Kurde de Genève, au sujet des 7’000 prisonniers kurdes en grève de la faim dans les geôles turques ; mouvement lancé par Leyla Güven, députée du parti HDP et suivi par les militants kurdes à l’étranger. Nous avions ainsi parmi nous Mehmet Ali Koçak, gréviste de la faim depuis 28 jours. Les revendications de cette grève de la faim sont la levée de l’isolement pour Abdullah Öcalan, leader du mouvement kurde, et prisonnier politique du régime turc depuis 1999, le respect du droit international, des droits humains, et même du droit turc que le régime d’Erdogan ne se sent plus tenu de respecter, du rétablissement de la démocratie en Turquie.

Il faut savoir en effet que, depuis l’accession au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan et de son parti, l’AKP, au pouvoir – que certains médias bourgeois ont très longtemps présenté comme des « islamistes modérés », voire comme un modèle à suivre pour le monde musulman – la Turquie a connu un processus d’islamisation et de dérive autoritaire. Le coup d’Etat raté en 2016 a servi à Erdogan de prétexte pour mettre en place des mesures d’exception, instaurant de fait un régime qu’il n’est pas abusif de qualifier d’islamo-fascisme. Une propagande fascisante étouffe aujourd’hui la Turquie, la répression y est généralisée, les procès truqués sont devenus la norme, et la liberté d’expression n’est plus qu’un lointain souvenir. Il n’y a plus de médias indépendants, tous ceux qui subsistent sont aujourd’hui totalement pro-gouvernementaux, et s’autocensurent avec une minutie implacable. Les principales victimes de ce régime sont les Kurdes, mais aussi les femmes.

Pour ce qui est du peuple kurde – près de 40 millions dans toute la Mésopotamie – et dont les droits les plus fondamentaux, comme celui de parler sa propre langue, ont toujours été niés en Turquie – sa situation est devenue tragique sous la dictature d’Erdogan. Au succès électoral du HDP, le pouvoir a répondu a répondu par une répression brutale. Son co-président, Selahattin Demirtas, est placé en détention administrative, de façon parfaitement arbitraire, depuis 2016. Les arrestations et les menaces se succèdent tous les jours. L’action légale du HDP devient de plus en plus aléatoire à l’approche des élections municipales. Erdogan se livre à chacun de ses meetings à des discours d’inspiration hitlérienne, qualifiant les électeurs du HDP de « terroristes ». Et en 2016, l’armée turque s’est livrée à une véritable guerre civile contre le peuple kurde, multipliant les crimes contre l’humanité. 11 villes au total – parmi lesquelles Sur, Cizre, Sirnak, Slopi, Nusaykin, Silvan – ont été pratiquement réduites en cendres, et d’horribles crimes de guerre ont été commis à cette occasion. Depuis, le Kurdistan turc est devenu une véritable prison à ciel ouvert. Une loi martiale de fait y règne, et les journalistes ne peuvent y accéder. Ainsi, par exemple, deux délégations invitées pour Newroz, le nouvel an kurde, une du PCF et une norvégienne, ont été arrêtées et expulsées sans explication : pas de témoin ! Plus de 7’000 prisonniers kurdes croupissent dans les prisons turques, dans des conditions de détention contraires au droit international, et même au droit turc : isolement, interdiction de recevoir la visite de leur famille, de voir un avocat, ou d’accéder à des livres (choses que pourtant le droit turc normalement garantit). Pour comprendre ce qu’est la Turquie d’Erdogan, nous ne pouvons que conseiller la lecture de l’Aurore, recueil de nouvelles rédigées par Selahattin Demirtas, dont la traduction française est parue en 2018 aux éditions Emmanuelle Collas.

Les grévistes de la faim ne mettront pas fin à leur mouvement avant d’avoir obtenu satisfaction. Cinq d’entre eux sont aujourd’hui décédés en prison. Le Parti du Travail soutient pleinement leurs justes revendications, et souligne à quel point la situation est critique pour qu’une méthode de lutte de dernier recours qu’est la grève de la faim ait due être choisie. Notre Parti, fidèle à ses principes internationaliste, est pleinement solidaire de la lutte du peuple kurde, qui est une lutte profondément démocratique, révolutionnaire, écologique, féministe et humaine. Nous appelons tous les humanistes et tous les démocrates sincères à faire preuve de la même solidarité. Nous condamnons résolument le régime criminel d’Erdogan, ainsi que la complaisance coupable de la Confédération, qui ferme les yeux sur les agissements de ce régime. Nous condamnons tout particulièrement la politique des deux poids, deux mesures du Conseil fédéral, qui applique les sanctions unilatérales et illégales imposées par les USA contre le gouvernement légitime du Venezuela, aggravant d’autant les difficultés de ce pays que l’impérialisme essaye d’étouffer par une véritable guerre économique, mais ne trouve rien à redire aux crimes innombrables du régime d’Erdogan. Il convient que toute la vérité soit dite sur ce qui se passe aujourd’hui en Turquie soit clairement dite, que l’on cesse de fermer les yeux sur cette réalité. Le soutien international au juste combat du peuple kurde est indispensable.

Pour le Parti du Travail

Alexander Eniline

Président

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