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RESOLUTION SUR LA GUERRE AU MALI

jeudi 14 février 2013

Le Parti du Travail condamne résolument la terreur obscurantiste que les bandes armées salafistes font régner au Nord du Mali mais n’en exprime pas moins une ferme condamnation de l’opération militaire française. Car la France n’intervient pas militairement dans son ancienne colonie pour protéger les populations du Mali contre la terreur salafiste – c’est là une construction de la propagande de guerre, habile mais mensongère – mais pour défendre et renforcer sa propre emprise néocoloniale, pour le contrôle des mines d’or et d’uranium, pour la défense des profits de la multinationale minière française Areva.

Il n’est en effet peut-être pas inutile de faire remarquer que la rhétorique du gouvernement français n’est rien de plus qu’un mauvais réchauffé du discours sur la « guerre contre le terrorisme » de Georges W. Bush ; une soigneuse sélection d’images pour montrer des populations gémissant sous la terreur islamiste puis accueillant dans des scènes de liesse (spontanées, cela va sans dire) les soldats français en libérateurs n’étant qu’un médiocre remake des guerres d’Afghanistan (pour la terreur islamiste) et d’Irak (pour les foules en liesse) ; ce alors qu’a prévalu un black out total sur les scènes de combats (aucune image des bombardements de civils par l’armée française bien entendu). On aurait pu espérer que cette rhétorique serait usée jusqu’à la corde après la sinistre présidence de Bush, mais il semble que le peu d’esprit critique qui subsiste face aux guerres impérialistes des USA disparaisse dès qu’il s’agit de celles menées par des pays européens. Toutefois, cette mise en scène de la propagande de guerre ne résiste pas face à l’épreuve des faits, et ces faits, il nous semble important de les rappeler pour comprendre les véritables enjeux des événements au Mali. En effet, l’intérêt de la France pour le respect des droits humains au Mali est pour le moins nouveau. Car il faut rappeler ce qu’était le Mali avant l’opération Serval. Ancienne colonie française, le Mali n’a pu jouir d’une véritable indépendance ni sous la dictature de Moussa Traoré (la France ne trouvait alors rien à redire quant aux violations des droits humains…) ni sous la démocratie de façade d’Amadou Toumani Touré (ATT). Un des pays les plus pauvres du monde (classé par le PNUD en 175ème position sur 187 pays en termes de développement humain), le Mali possède pourtant de riches réserves d’or et d’uranium. Toutefois, seule une toute petite élite malienne corrompue en a profité. Le peuple malien lui a été soumis à un joug néocolonial implacable. Il faut en effet savoir que « l’indépendance énergétique » tant vantée de la France grâce au nucléaire repose sur les gisements d’uranium du Mali et du Niger, exploités par la multinationale française Areva à des conditions léonines. La France en retire de l’uranium à des prix bien inférieurs à ceux du marché…mais c’est les populations du Nord du Mali qui en payent la facture : destruction des rares terres arables pour les mines à ciel ouvert, terres expropriés sans compensations versées aux villageois, pollution durable du sol et de la nappe phréatique, exploitation brutales pour la main d’œuvre locale, salaires de misère, conditions de sécurité proprement scandaleuses, maladies professionnelles graves et généralisées (mais pour lesquelles Areva décline toute responsabilité). Il est dès l’ores plus que compréhensible pourquoi les populations du Nord du Mali, abandonnées aux griffes d’Areva par le pouvoir fantoche de Bamako à la solde de Paris, se révoltent et réclament leur indépendance.

Responsable de la révolte du peuple du Nord du Mali, la France l’est tout autant de la prolifération des bandes armées djihadistes dans la région et sa prétention à lutter contre la terreur salafiste n’est absolument pas crédible. En effet, qui pourrait croire à la sincérité des convictions humanistes et anti-salafistes d’un pays qui s’allie sans le moindre état d’âme avec les dictatures obscurantistes et propagatrices du salafisme que sont le Qatar et l’Arabie saoudite, qui soutenait en Lybie et soutient en Syrie exactement le même type de bandes armées qu’il prétend combattre au Mali ? Rappelons tout de même que si aujourd’hui des bandes armées et des armes en quantité circulent librement à travers le Sahara et le Sahel, c’est suite à la guerre impérialiste contre la Lybie, menée notamment par la France. Aujourd’hui, ce pays qui possédait il n’y a pas longtemps le niveau de vie le plus élevé d’Afrique n’est plus qu’un champ de ruines, et la manne pétrolière, naguère en partie au moins redistribuée à la population, va directement dans les poches des multinationales européennes. Les bandes djihadistes étaient alors les alliés de l’impérialisme français contre la Lybie ; désormais qu’elles prolifèrent dans le pré carré de la Françafrique, elles sont soudain devenues des ennemis. Qui pourrait croire qu’il y ait quoi que ce soit d’autre que l’intérêt mercantile derrière ce revirement ?

On affirme généralement que le gouvernement malien a été contraint de demander l’aide de la France car il n’arrivait matériellement pas à en découdre avec les bandes djihadistes lourdement armées prêtes à foncer sur Bamako. Nous affirmons que cette version des faits n’est absolument pas crédible. Selon toutes les estimations, les bandes armées salafistes ne compteraient que quelques milliers d’hommes. Comment croire que quelques milliers de combattants, qui ont été repoussé sans effort des villes du Nord du Mali par l’armée française, auraient pu prendre et tenir Bamako, une ville de plus de deux millions d’habitants ? Pourquoi l’armée malienne avait-elle tant de peine face à un adversaire si faible numériquement et si vite vaincu par l’armée française ? Il semble que Paris ait fait pression sur l’ex président ATT pour qu’il ne combatte pas vraiment les rebelles. Il est clair également que les sanctions prises par la CEDAO contre le gouvernement putschiste du MALI, suite à la condamnation française du coup d’Etat qui a déposé ATT, ont mis le pays à genoux en le laissant à court de liquidités et contraint de demander l’aide militaire française. Actuellement, même les médias bourgeois ne peuvent cacher les représailles contre les Touaregs et les Algériens, et l’intervention impérialiste française menace de conduire à l’embrasement de toute la région.

A l’heure où la crise systémique du capitalisme s’approfondit, où les grands monopoles transnationaux s’affrontent dans une concurrence de plus en plus exacerbée, où il devient plus dur d’exporter des capitaux, les tensions inter-impérialistes se font jour et les grandes puissances impérialistes sont poussées à utiliser le dernier recours qu’il leur reste pour préserver les profits de leurs propres entreprises monopolistes : la guerre. Les guerres et interventions impérialistes se multiplient : Irak, Afghanistan, Lybie, Côte d’Ivoire, Mali….Malheureusement, la riposte à ces guerres n’est pour le moins pas à la hauteur. Jadis, les communistes savaient efficacement dénoncer les guerres impérialistes menées par leurs propres pays et le mouvement anti-impérialiste et pour la paix était fort. Aujourd’hui toutefois ce n’est plus le cas. La guerre contre l’Irak avait été justement dénoncée, mais pour ce qui est des guerres d’Afghanistan, de Lybie et de la récente intervention au Mali, cela n’a guère été le cas. On a hélas pu observer des attitudes ambivalentes de la part de partis communistes et de la presse communiste, quand ce n’est pas une adhésion du bout des lèvres à l’idéologie des « guerres humanitaires ». Cette complaisance envers l’impérialisme est d’autant plus condamnable que l’intensification des guerres néocoloniales pour un repartage du monde est lourde de dangers. Rappelons tout de même que les tensions pour le partage des colonies avait débouché sur la Première guerre mondiale. Rappelons aussi que c’est au nom de la « mission civilisatrice de l’Occident » que la colonisation a été entreprise, et que c’est pour des prétextes « humanitaires » que les colonisateurs européens (pas les salafistes !) coupaient les mains, et les têtes, par milliers. La rhétorique des « guerres humanitaires » poursuit des objectifs clairement néocoloniaux et doit être implacablement combattue. Les peuples n’ont pas besoins de « l’aide » intéressée, hypocrite et sanguinaire de l’impérialisme. Le Parti du Travail lutte et luttera résolument pour le respect du droit des peuples à la libre détermination de leur propre destin.

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