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Scandale des trucages au service des votations : une véritable affaire d’Etat !

vendredi 10 mai 2019

L’affaire des trucages, réalisés par un ou plusieurs employés du service des votations, est sans conteste le scandale le plus grave que Genève ait connu depuis plusieurs dizaines d’années, bien plus que les histoires de notes de frais ou de voyages à Abu Dhabi (aussi graves ces affaires soient-elles intrinsèquement), puisque c’est la démocratie elle-même qui est mise en cause, vidée de sa substance.

On apprend donc que depuis en tout cas huit ans – mais est-ce seulement huit ans ? Cette affaire fait remonter à nos mémoire des élections plus anciennes, qui se sont jouées à quelques bulletins près…retrouvés dans une poubelle au local de vote de Meyrin – en tout cas quatre scrutins – mais est-ce seulement quatre ? Impossible d’en être sûrs à ce stade, potentiellement tout sont sujets à caution – ont été truqués par un ou plusieurs fonctionnaires du service des votations, qui ont détruit des bulletins de vote, et rajouté d’autres. Leur motif aurait été l’argent (50,- par enveloppe trafiquée semble-t-il). Qui aurait donc payé pour cette fraude ?

Dire que c’est extrêmement grave est un euphémisme. Que vaut en effet la démocratie, que vaut le suffrage du peuple souverain, si ensuite des fonctionnaires corrompus truquent le résultat conformément aux désidérata d’un commanditaire riche et puissant (qui donc décide, en toute illégalité, à notre place) ? Genève ne serait alors guère plus qu’une ploutocratie, où les votes se vendent et s’achètent. Quelle confiance pouvoir encore accorder aux institutions démocratiques de notre canton ?

Nous savons maintenant quels sont les scrutins concernés : la réélection de Pierre Maudet dès le premier tour au Conseil d’Etat, la loi sur la police (adoptée à quelques suffrages près…le plus probable étant donc que le peuple l’ait en réalité refusée), ainsi que l’initiative du Parti du Travail pour le remboursement des soins dentaires. Notre initiative pour une caisse maladie publique n’a pas été citée, mais figurait sur le même bulletin de vote, et avait fait pratiquement le même score. Il semble difficilement possible de truquer le résultat pour l’une sans le faire également pour l’autre. Est-ce qu’en fait nos initiatives auraient été acceptées par le peuple souverain, pour qu’ensuite cette victoire nous soit volée par des falsificateurs corrompus et leur mystérieux commanditaire ? Tous les scrutins atteints par la fraude devraient être annulés et soumis une nouvelle fois au peuple. Ce serait là le minimum sans lequel la démocratie n’est qu’un mot creux. Le Parti du Travail se battra pour que ses initiatives repassent devant le suffrage populaire dans des conditions cette fois-ci transparentes et honnêtes.

Il est primordial également de faire la lumière sur les dessous de cette affaire. Qui payait pour les trucages ? Comment ces fraudes ont-elles pu durer aussi longtemps ? Quelles sont les responsabilités des autorités de tutelle ? Pourquoi les collègues des fonctionnaires concernés avaient-ils peur de les dénoncer ? Peur d’un ou plusieurs collègues corrompus qui cherchaient à se remplir les poches illégalement ? Invraisemblable ! Peur de quelqu’un de beaucoup plus puissant qui donnait les ordres ? Mais de qui ?

Enfin, cette affaire a clairement révélé que le système de vote tel qu’il est en vigueur à Genève n’est ni sûr ni fiable. Il n’est pas acceptable à nos yeux de dire que la perquisition de hier prouverait, contrairement aux apparences, qu’en fait le système fonctionne bien (puisque la fraude a été mise à jour). Un système qui fonctionne, avec des fraudes pendant huit ans ? Ce n’est pas acceptable dans une démocratie. Rappelons que le Parti du Travail s’était opposé autrefois à l’introduction du vote par correspondance, parce que précisément, cela rendrait la fraude possible, et s’était battu pour le maintien du vote exclusivement dans l’urne au local de vote. A posteriori, on peut constater que nous n’avions pas tort. Le vote électronique ne saurait être à nos yeux une solution. Ce serait même pire. Un trucage serait quasiment indétectable a posteriori, et ne laisserait aucun document que la police pourrait éventuellement saisir pour constater la fraude. Une réforme en profondeur du fonctionnement du service des votations et de système de vote est absolument indispensable pour que de tels abus gravissimes ne soient plus possibles à l’avenir et que les citoyens puissent avoir confiance dans la procédure de vote, sans laquelle la démocratie n’est que vaine apparence.

Pour le Parti du Travail (membre de la coalition Ensemble à Gauche)

Alexander Eniline

Président

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