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Un budget 2019 de la Ville offert à la droite

par Tobia schnebli, Conseiller municipal du groupe EàG en ville de Genève

samedi 29 décembre 2018

Le groupe EàG a été le seul groupe du Conseil municipal à ne pas soutenir un budget 2019 qui déçoit très largement, à la fois les attentes d’une population de plus en plus précarisée par des inégalités sociales criantes, tout comme les attentes d’une partie grandissante de la population qui réclame des réponses sociétales d’urgence et en profondeur contre la dégradation de l’environnement.

Déjà le premier projet de budget présenté en septembre par le Conseil administratif (CA) était très éloigné de ces attentes et ne donnait aucune suite aux mots d’ordre de la campagne de votation qui le 4 mars de cette année avaient permis aux forces politiques de l’Alternative de gagner les 4 référendums contre les coupes budgétaires : « Non au programme de démantèlement social et culturel – Non aux attaques irresponsables contre la qualité de la vie – Non aux coupes dans les événements culturels populaires » (titres tirées de la brochure de votation municipale du 4 mars 2018). Genève, Ville sociale et solidaire … ?

Ce slogan sonne particulièrement creux avec un projet de budget établi dans le souci de plaire à une droite municipale qui a revu quelque peu à la baisse ses velléités en matière de coupes budgétaires suite aux échecs répétés dans les urnes. Selon la cheffe du Département des finances la rigueur budgétaire est aussi indispensable pour obtenir les notations AAA+++ des agences de notation comme Standard & Poor’s pour l’octroi des taux avantageux pour les emprunts. Les taux d’emprunt particulièrement bas depuis des années dépendent toutefois beaucoup plus de l’énorme disponibilité d’argent sur les marchés financiers, et pour ce qui concerne la Ville de Genève, de l’énorme réserve de capital, notamment immobilier, dont elle dispose. La politique budgétaire restrictive du CA, produit depuis une bonne dizaine d’années des bonis de dizaines de millions de francs au bouclement des comptes. Alors que cet argent aurait pu servir à mener des politiques véritablement sociales, solidaires et écologiques dans beaucoup de domaines, il est versé aux banques pour le remboursement de la dette de la Ville (une dette dix fois plus petite de celle du canton).

Le projet de budget 2019 déposé en septembre par le Conseil administratif ne présentait aucune nouvelle mesure en matière de politique sociale ou environnementale, pas un franc de plus pour poursuivre l’objectif du 0,7% du budget pour la solidarité internationale, ni pour offrir un toit pendant toute l’année aux sans-abri ou encore pour améliorer l’accueil des migrantes. Pas un franc non plus pour assurer l’indexation 2019 des salaires ni pour financer la collocation des postes et des fonctions-types du personnel de la Ville. Les 9 millions nécessaires pour ces deux mesures touchant aux salaires du personnel n’ont été insérés par le CA dans le budget qu’au mois de novembre, à la suite des prévisions à la hausse des recettes fiscales du canton. De la sorte, le CA montrait que traitement du personnel ne correspond pas à un engagement prioritaire et exemplaire de la Ville en matière de partenariat social, mais qu’il le considère une variable d’ajustement budgétaire, rajoutée au budget suite à une amélioration imprévue des recettes. En agissant de la sorte, le CA offrait ces financements en pâture aux velléités de la droite de s’attaquer au statut du personnel.

Après la tentative avortée de coupe dans l’indexation des salaires en raison d’une maladresse lors d’un vote en plénière, la droite a finalement corrigé son tir pour couper les 3 millions prévus pour la réallocation des fonctions du personnel. La droite élargie a utilisé cet argent pour financer des mesures de politique sociale que la gauche municipale aurait dû réaliser depuis longtemps : l’accueil de nuit et pendant toute l’année des sans-abris, une subvention à l’achat de l’abonnement TPG pour les jeunes, l’engagement de personnel pour prolonger les heures d’ouverture des piscines.

Une gauche affaiblie par le scandale des notes de frais Le discrédit suite au scandale des notes de frais en Ville de Genève est énorme non seulement pour Guillaume Barazzone, le cas le plus emblématique des mauvaises pratiques révélées par la Cour des Comptes, mais pour l’ensemble du Conseil administratif, dont la responsabilité collective est engagée. Le dégât d’image politique est dévastateur notamment à gauche : quel crédit peut accorder une population qui peine à boucler les fins de mois à des représentants de la gauche qui gagnent des salaires largement supérieurs à 250’000 francs et qui n’hésitent pas à faire passer sous leurs frais professionnels l’achat d’un veston ou la facture pour un « brushing » avant le passage sur un plateau de télé ? Le groupe EàG participe activement à l’établissement de règles permettant de contrôler et limiter les frais professionnels. Une majorité du groupe a aussi entamé une réflexion sur le niveau de salaire qui serait adéquat pour les membres de l’exécutif. Nous sommes plusieurs à proposer le salaire médian (7’200 francs) pour 40 heures de travail hebdomadaire. Les deux coupes dans les revenus de chaque membre du CA adoptées à de très larges majorités dans le budget 2019 et soutenues par EàG sont la suppression des allocations forfaitaires de 12’000 francs annuels et le supplément vie chère de 6’193 francs annuels. La réflexion concernant ces salaires sera accompagnée d’une réflexion plus large sur l’échelle des salaires des fonctionnaires municipaux, en particulier pour réduire sensiblement les écarts de revenus entre le bas et le haut de cette échelle.

La baisse annoncée des recettes fiscales Prenant prétexte de manière tout à fait populiste du scandale des notes de frais, pour « rendre aux contribuables l’argent indûment dépensé par l’exécutif municipal », le MCG et la droite ont finalement aussi introduit dans le budget 2019 une baisse du centime additionnel (le taux d’imposition communal) pour un montant de 165’000 francs. La baisse de 45,50 % à 45,49% du centime est infime mais le message politique que la droite a introduit dans le budget 2019 est clair, notamment en vue des pertes de dizaines de millions de recettes prévues avec la réforme fiscale des entreprises (RFFA) : la gestion budgétaire de la droite, y compris avec des baisses des recettes fiscales est tout à fait compatible avec l’introduction de nouvelles mesures de politique sociale.

La droite est bien partie dans la campagne électorale. Une politique de la gauche municipale, décrédibilisée avec le scandale des notes de frais et qui renonce, comme elle l’a fait avec le budget 2019, à des mesures très fortes et populaires de politique sociale, environnementale et culturelle à la hauteur des défis auxquels est confrontée une partie grandissante de la population, va vers le suicide politique. Le décor de l’effondrement risque d’être grandiose, à l’image des parquets précieux, des méga-lampadaires de cristal, des rideaux en velours rouge et des passementeries dorées d’une des plus grandioses et coûteuses réalisations de l’administration municipale en 2019 : l’Opéra rénové de la place Neuve.

Conseiller municipal du groupe EàG en ville de Genève - Tobia Schnebli.

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